martes, 8 de noviembre de 2016

Arquitectura de adobe en Mesopotamia

La exposición La historia empieza en Mesopotamia, actualmente en el Museo del Louvre en Lens (Francia), se acompaña de un catálogo que incluye una versión del siguiente texto en francés:


El zigurat de Mari, finales del tercer milenio aC
Foto: Marc Marín & Tocho, octubre de 2010


Si la pierre et le marbre resplendissants évoquent l´éternité, l´argile mate, par contre, évoque le temps qui passe et qui détruit. Mais la pierre faisait défaut en Babylonie, au centre et au sud de la Mésopotamie. Seule l´argile était le matériau présent et le plus abondant.

L´argile n´était pas une matière que l´on pût mépriser. Elle provenait des marges des fleuves Tigre et Euphrate qui traversaient la Mésopotamie depuis la chaîne des monts Zagros jusqu´au golfe Persique, et surtout des marais du sud. Or ceux-ci n´étaient pas seulement un espace naturel, mais ils constituaient le ventre d´une divinité première qui était à l´origine du monde. Il s´agissait de l´Abzû, un nom qui signifie les Eaux des origines, de la vie ou sapientielles. Il s´agissait d´une déesse-mère, mère et épouse du dieu du ciel An, et mère de Enki, le dieu de la construction, des arts et des tours de passe, dont le palais se trouvait dans ou sur le ventre des eaux. C´est cette déesse mère qui livra à son fils Enki l´argile, extraite de son sein, grâce à laquelle les premiers êtres humains purent être moulés pour se mettre au service des divinités et les entretenir.  L´argile que les constructeurs employaient était la même qui avait été transfigurée en la chair des êtres humains : une matière vivante offerte para la déesse qui donna naissance au monde.

Les constructions étaient donc aussi des entités animées qu´il fallait soigner. Les constructeurs fabriquaient des briques crues d´argile. La brique était la promesse d´une construction ; elle le contenait : Le signe cunéiforme sig4, en sumérien, signifiait brique, mur et brique, mais aussi ville. La pâte était constituée par un mélange d´argile broyée et filtrée, d´eau et de paille, introduite ensuite dans un moule en bois puis démoulée et mise à sécher au soleil à même le sol. La paille, obtenue des tiges des céréales cultivées, était nécessaire car elle permettait que la brique ne se déformât pas une fois extraite du moule avant le séchage et le durcissement. Les briques ne pouvaient être fabriquées qu´en été alors que le sol était bien sec. La brique crue était l´élément premier de toute construction. Lors des premiers édifices monumentaux et des premières villes, à Eridou et à Uruk, à Sumer (Babylonie du sud), à la fin du sixième millénaire, la brique existait d´jà depuis quatre millénaires au moins, mais les premières briques n´étaient formées qu´à la main : elles ressemblaient à des cailloux. Le moule permit que toutes les briques fussent identiques : faciles à empiler et à ajuster, elles permirent que les édifices furent construits selon des plans et des volumes géométriques qui purent ensuite s´agrandir en fonction des besoins par le simple prolongement des murs dans les deux directions.

Les briques crues présentaient cependant un grave problème. L´humidité les affectaient. Or le centre et le sud de la Mésopotamie jouissait –et jouit- d´un climat très chaud, mais le niveau phréatique se trouvait presqu´à même le sol. La très faible pente de la vallée empêchait que les eaux se versassent rapidement dans la mer. Les fleuves avançaient paresseusement et imbibent une terre imperméable : l´argile ne permet pas que l´eau filtre. L´eau du sous-sol remontait donc facilement à travers les fondations et les murs porteurs qui s´effritaient. Seule leur épaisseur les empêchait de crouler peu de temps après leur construction malgré l´insertion de couches de bitume imperméable que l´on obtenait à même le sol à différentes hauteurs, d´enduits de chaux étanche, et de nattes de joncs qui absorbaient les tensions horizontales causées par le poids des briques qui menaçaient la stabilité des murs. Les édifices de la Mésopotamie du sud ressemblaient donc à des volumes massifs à l´intérieur desquels on eut creusé des espaces vides. Les murs étaient plus larges que les espaces intérieurs qu´ils délimitaient. Il n´était pas rare que les murs eussent trois mètres d´épaisseur. Mais même ce caractères massif n´empêchait pas que les édifices dussent être restaurés ou rebâtis régulièrement. Une même personne pouvait voir au cours de sa vie un édifice s´élever et s´enfoncer. L´architecture humaine suivait le bref cours de la vie.

Il existait d´autres solutions pour la protection des constructions. Celles-ci étaient fonctionnelles mais aussi magiques. Les briques cuites étaient imperméables (mais aussi plus exposées aux tensions). Elles recouvraient les faces externes des édifices importants. On ne pouvait pas les employer pour tout le travail de la maçonnerie, car le manque de bois rendait impossible la cuisson de toutes les briques nécessaires. La quantité de paille pour alimenter les fours était bien supérieure au volume que l´on pouvait obtenir des champs cultivés : de plus, un feu de paille ne dure pas. Malgré les invocations au dieu Kulla, divinité du feu et des briques, les briques cuites étaient rares. Néanmoins, certaines étaient insérées dans les fondations et dans l´épaisseur des murs. Il s´agissait de briques cuites spéciales. Des aliments et des conservateurs tels le lait, le beurre, le miel, la bière, l´alcool étaient ajoutés à l´argile de façon à nourrir et à protéger l´édifice. Ces briques, parfois de plus grande taille qu´une brique crue conventionnelle, souvent de plan carré, étaient inscrites : une prière suppliant la protection divine, une malédiction contre les ennemis qui essayeraient de détruire l´édifice, et le nom et les titres du commanditaire (le roi) ainsi que parfois une description du rite de fondation qui allait être suivi. Ces inscriptions étaient nécessaires non seulement pour la protection magique de la construction mais aussi pour la survie fonctionnelle. Ces briques offraient la description de l´édifice original qui devait être rebâti ou restauré, et du rite de fondation qui devait être suivi au pied de la lettre, si l´on ne voulait pas encourir le risque du rejet ou de la colère des dieux. La protection était aussi recherchée grâce aux dépôts de fondation et au placement dans les murs et sous le sol de figurines en terre cuite ou en argile qui représentaient des êtres surnaturels gardiens des portes ou des divinités primordiales liées aux eaux des origines, tels Lahmu, ce qui permettait d´associer la construction de l´édifice à la création du monde, bâti à l´image du monde.

Que reste-t-il aujourd´hui ? Des buttes informes d´argile couvertes de croutes de sel, causées par la destruction humaine et naturelle des constructions, et les fouilles archéologiques qui dégagent des structures enfouies sous la terre qui s´effritent au contact du vent, de la pluie et des variations extrêmes de température. La faible hauteur des murs que l´on dégage empêche de savoir avec certitude si les édifices avaient un ou plusieurs étages, ainsi que de connaître le type de toiture.  L´architecture mésopotamienne restera donc toujours dans le flou, ce qui invite à y penser une et une autre fois, une expérience frustrante mais passionnante.


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